Programme Villa Formose

Nouvelles écritures

Benoît Buquet

Lieu de résidence : National Taiwan Museum of Fine Arts – NTMoFA

Période de Résidence : Mars 2027

Disciplines explorées : Arts visuels

Présentation

Benoît Buquet est historien de l’art et commissaire d’exposition. Maître de conférences à l’université de Tours, rattaché au laboratoire InTRu (Interactions, Transferts, Ruptures artistiques et culturelles), ses champs de recherche touchent à l’histoire, la théorie et la critique de l’art, du design graphique, de l’exposition et de la culture visuelle aux XX e et XXI e siècles.

Il a publié de nombreux articles, ainsi que trois livres consacrés aux interactions entre art et design graphique. Son intérêt pour le graphisme se conjugue désormais aux études de genre. L’analyse de certaines cultures visuelles et matérielles des années 1960 à 1990 (activisme, reprographie, zines, PAO) associée à une étude lexicologique (circulation du terme anglo-américain « queer » en Europe et en Asie de l’Est) devrait à long terme déboucher sur un nouveau livre. En 2026, un accueil en délégation au CNRS, au sein du laboratoire InVisu (information visuelle et textuelle en histoire de l’art) lui permet de poursuivre ce travail.

Démarche & 
processus artistique

Une autre facette, fondamentale, de ses recherches gravite autour de l’art japonais, comme en attestent de nombreuses conférences et plusieurs séjours de recherche au Japon. C’est au contact de ce terrain que sa manière de travailler s’est progressivement déplacée. Il souhaite s’écarter des formes conventionnelles de l’écriture académique pour embrasser une écriture plus libre : une écriture située, qui assume le décentrement, la subjectivation, l’extrême fragmentation, la rupture de ton et de forme. De nouveaux projets (une nouvelle exposition, en cours de négociation, et un essai hybride) devraient se concrétiser prochainement. Benoît Buquet développe également une activité curatoriale. Depuis plus d’une décennie, le commissariat d’exposition s’est imposé comme l’une des composantes importantes de cette écriture élargie. La dernière exposition en date, intitulée « Tarō Okamoto. Un Japon réinventé » (musée du quai Branly – Jacques Chirac, Paris, 15 avril-8 septembre 2025), a contribué à la redécouverte en France d’un artiste important au Japon.

Résidence à Taïwan

Intitulé provisoirement « Le jeune homme français et les fleurs du flamboyant », le projet propose de mener l’enquête à partir d’un portrait conservé au NTMoFA, Jeune homme français 法國青年, peint en 1966 par Shiy De-jinn (席德進, 1923-1981) lors de son séjour à Paris.

Amitié fugace, amant de passage ou stéréotype de l’homme européen ? Cette figure masculine pourrait être tout à la fois. La question n’est pas là. Un Français ébouriffé, au regard défiant et à la chemise écarlate, s’offre au regard d’un peintre taïwanais né en Chine. Il y a dans cette rencontre une fable dont il faut tenter l’écriture.

Dans les années 1970, Shiy De-jinn a aussi consacré plusieurs aquarelles aux fleurs du flamboyant, un arbre importé à Taïwan au début du XXe siècle, pendant la période de domination coloniale japonaise, et qui s’est parfaitement adapté au climat et au terroir de l’île. Il ne s’agit donc pas d’un motif canonique de la peinture lettrée chinoise, traditionnellement très codifiée. L’ « arbre-phénix » – comme on le nomme en mandarin – pourrait être l’une des nombreuses métaphores pour évoquer Shiy, artiste dandy, tout aussi flamboyant.

Le portrait du « jeune homme français » n’est qu’un point d’entrée. C’est plus largement la fabrique du désir chez l’artiste qui anime le projet : son regard affecté sur le corps de l’homme, certes, mais aussi sur la faune, la flore, l’architecture et la lumière de Taïwan. Par un effet de relecture a posteriori, Shiy De-jinn s’impose aujourd’hui comme la figure historique et pionnière d’une sensibilité « queer » propre à l’art taïwanais. Ce dernier point nécessite d’être documenté et interrogé. Les collections du NTMoFA (qui possèdent 1 896 œuvres de l’artiste) apparaissent comme un réservoir inépuisable et un ouvroir potentiel de mises en récit ; à la frontière de la recherche méticuleuse, de l’écriture créative et du commissariat d’exposition.

Il n’est pas ici question de sectoriser l’activité de portraitiste, les énigmatiques toiles abstraites, l’homoérotisme des nus, les fleurs évanouies, le charme vernaculaire des aquarelles mais de tenter de traverser les images de Shiy De-jinn, tout particulièrement celles des années 1960 et 1970 afin d’appréhender ce qu’elles ont de contemporain et la façon dont elles peuvent innerver de nouvelles écritures.

(Re)vivez la résidence

Suivez les résidences au quotidien sur Insta !

Tout au long de leur résidence à Taïwan ou en France, les artistes de la Villa Formose partagent avec les publics leurs recherches, travaux en cours et l’essence même de leur processus de création ; interagissez avec eux, et ne manquez rien de l’actualité des lauréats !

L'actualité de ce résident

Pas d'actualités pour le moment.